Pourquoi cette levée de boucliers chez certains nantis contre la taxation, exceptionnelle et limitée dans le temps, des hauts revenus ?

06/02/2013

L’Afrique défragmentée

Peu à peu, les dirigeants africains évoluent vers l’option d’une zone de libre échange africaine, avec pour objectif 2017. Voilà une bonne nouvelle car le manque d’intégration commerciale au sein même de l’Afrique est difficilement compréhensible. Bien sûr, on doit souhaiter que cette zone de libre échange ne se transforme pas en nouveau bloc protectionniste à l’égard de l’extérieur, mais gageons que le mouvement va dans la bonne direction.
Pour comprendre les problèmes de développement de l’Afrique, il faut en effet revenir sur un lien fondamental entre échange et croissance et faire un petit détour productif par la théorie économique. Ce lien y a été quelque peu « cassé » par la séparation entre l’étude de la croissance et celle de l’échange. Or, la source de la croissance et du développement réside dans la spécialisation, qui elle-même ne peut émerger que s’il y a possibilité d’échange.
La spécialisation entrainant une hausse de productivité, elle permet de générer plus de valeur. On sait depuis au moins Adam Smith que le degré de division du travail (de spécialisation) dépend de la « taille du marché ». Une taille du marché conséquente permet à des spécialistes (avec l’innovation) d’émerger. Et cette spécialisation supplémentaire entraine elle-même plus de création de valeur, et donc des hausses de revenus, c’est à dire… une augmentation de la taille du marché… qui elle-même ouvre un potentiel pour plus de spécialisation etc. Tout ceci se fait dans un processus de déséquilibre. On voit ici sur le long terme l’effet « boule de neige » entre division du travail et taille du marché, qui est l’essence du développement moderne dans lequel croissance et échange sont les deux faces de la même pièce.
Les manuels d’économie, de manière assez classique, posent que la théorie de l’échange (avantage absolu) d’Adam Smith a été dépassée par celle de Ricardo (avantage comparatif). L’avantage comparatif est cette idée que deux individus ont intérêt à se spécialiser chacun dans un domaine et échanger, même si l’un d’entre eux est plus productif dans les deux domaines – il se spécialisera dans le domaine pour lequel il est « comparativement » le meilleur, laissant l’autre domaine. L’exemple classique est celui du professeur qui tape mieux que sa secrétaire, mais dont l’avantage en Sciences est bien plus grand que son avantage en dactylographie par rapport à elle : il se spécialise donc totalement en recherche scientifique, laissant sa secrétaire taper.
Cette théorie de l’avantage comparatif ricardien est extrêmement importante pour comprendre les phénomènes économiques. Pourtant, elle peut poser plusieurs problèmes.
Premièrement, si elle est profondément vraie au niveau interindividuel, elle a été transposée de manière abusive au niveau des nations : il y a eu une collectivisation, une nationalisation du concept d’échange (« L’Angleterre échange avec le Portugal »). Or, ce processus aboutit à raisonner en termes mercantilistes de « nous contre eux », et à, paradoxalement, apporter de l’eau au moulin protectionniste. Si l’option est à la mode, notamment chez certains hommes politiques français qui prônent la « démondialisation », on ne saurait trop insister sur ses dangers. D’abord parce qu’elle oublie le caractère « Made in the World » de l’échange aujourd’hui : les réseaux de chaînes de valeur sont mondialisés. Dans ce contexte, « se protéger » des autres c’est se protéger de soi-même ; faire mal aux autres, c’est se faire mal à soi-même. Surtout, quand 40% des importations sont intégrées à des exportations, comme aujourd’hui.
Ensuite parce que tenter de « démondialiser » revient à réduire la taille du marché, le fragmenter, et donc non seulement à réduire les potentialités de spécialisation et de croissance, mais à faire que le degré de division du travail au niveau international – reflété par la profondeur de l’investissement en capital – n’est plus adapté, n’est plus rentable pour une taille du marché réduite (avec les conséquences que cela a en termes de restructurations douloureuses). Avec les représailles des autres nations, le processus s’avère catastrophique : c’est exactement l’histoire des années 30 avec la malheureuse loi protectionniste Smoot-Hawley aux USA.
Deuxièmement, ce qui caractérise l’échange international aujourd’hui est bien plus le commerce intra-branche qu’interbranche : les pays développés ne se spécialisent pas selon des avantages comparatifs à la Ricardo mais échangent des mêmes types de biens. Ceci remet en cause, au passage, l’idée que ce sont les pays qui se spécialisent (alors que ce sont les individus et les firmes).
Troisièmement, la vision de Smith est intimement liée au processus progressif de spécialisation et de division du travail sous-tendant le progrès économique : alors que chez Ricardo on échange parce qu’on a un avantage comparatif (une « dotation »), chez Smith on se crée un avantage à travers l’échange. Cette vision plus dynamique de Smith a été dépeinte par le Prix Nobel James Buchanan. En fait, la « vision de la rareté » (ce que gagne l’un est forcément perdu par l’autre), assez ancrée dans la discipline économique, même si elle a une certaine réalité pour certaines ressources, nous a longtemps empêchés de concevoir l’économie en termes d’opportunités : si mon voisin s’enrichit, c’est en réalité une bonne nouvelle pour moi.
Tout ceci posé, on comprend mieux pourquoi la fragmentation commerciale de l’Afrique, qui a été dénoncée dans un rapport récent de la Banque mondiale, constitue un fardeau pour le continent. Des milliards de dollars sont perdus, des opportunités fantastiques pour faire reculer la pauvreté sont gâchées.  Pour faire de l’Afrique un marché intégré permettant à ses habitant de profiter d’économies d’échelle formidables, les autorités doivent faire tomber Mondialisation : l’Afrique défragmentée
les barrières encore existantes, faciliter le commerce entre États, mais aussi, plus globalement, au sein même des États en améliorant le climat des affaires.

18:31 Écrit par OUTALHA dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  Imprimer | |

LA JAMAA, L’ERE DE L’APRES CHEIKH YASSINE.

Cheikh Abdeslam Yassine s’est éteint, tout le monde s’y attendait et même sa mort a été  plusieurs fois affirmée et vite démentie, cela ne manquera pas de susciter commentaires et interrogations.

Le décès de Abdessalam Yassine aura-t-il un impact sur Al Adl Wal Ihsane ?
La réponse à cette question est liée à l’identification de la source de force d’Al Adl Wal Ihsane : Est-ce qu’elle vient du fait que la Jamaâ soit liée uniquement à la personne de Abdessalam Yassine ou que cette force dérive de ses structures organisationnelles et de la force du projet qu’elle défend ?  . Bien sûr, pour les observateurs qui liaient toujours la Jamaâ à la personne de Abdessalam Yassine, la réponse est évidente. La vérité est que la Jamaâ puise sa force de son organisation. C’est vrai que Abdessalam Yassine était un personnage charismatique et que c’est lui qui a fondé cette Jamaâ et qui a contrôlé son parcours et sa construction organisationnelle. C’est lui qui a fixé les repères religieux et politiques de ce projet. Tout cela est important, mais la Jamaâ ne se limitait pas à cela uniquement. La force de la Jamaâ provenait également de ses responsables opérationnels qui ont une capacité de mobilisation importante et bénéficient de relais au Maroc et à l’étranger. Donc sur le court terme, la Jamaâ va durer avec la même force et d’ailleurs, la mort de Abdessalam Yassine pourrait même la renforcer.

Comment la mort de Cheikh Yassine pourrait-elle renforcer Al Adl Wal Ihsane ?
Son influence réside dans le fait que toutes les directions de la Jamaâ ont été formées par Yassine et qu’elles ont cru en son projet. Et donc, sur le court terme, elles resteront fidèles aux choix et aux orientations de Yassine.
Du moment que la force organisationnelle d’Al Adl Wal Ihsane est intacte, il n’est pas dit que la Jamaâ va s’affaiblir. Abdessalam Yassine était un fédérateur. Il a réuni les gens autour d’un projet mais ce projet a su s’imposer grâce à une force organisationnelle qui a réussi à le répandre et à mobiliser la population.

Qui succédera à Abdessalam Yassine ?
Cette question n’est pas nouvelle. Elle est posée depuis plus d’une dizaine d’années. Vu l’état de santé de Abdessalam Yassine et son âge, tout le monde parlait de l’après-Yassine et il y a eu de nombreux scenarii. Certains parlaient même de l’existence d’un testament. Il y a deux éléments déterminant le choix de la succession. D’abord, les fondements canoniques au sein de la Jamaâ et que Yassine a abordé dans son livre « La méthode prophétique » qui est le socle idéologique de la Jamaâ. Dans ce livre, il avait déterminé les caractéristiques du mourchid comme étant un fédérateur et un régulateur. Et le Conseil d’Orientation sera organisé au sein de la Jamaâ afin de déterminer le successeur de Yassine. Mais en plus de ces fondements, il y a aussi les coutumes. Il est d’usage que dans chaque organisation, l’homme numéro deux soit connu. Cette pratique n’est pas exclusive à Al Adl Wal Ihsane, c’est le cas aussi pour les Frères musulmans en Égypte et dans de nombreux partis politiques. Donc, pour ce qui est de la Jamaâ d’Al Adl Wal Ihsane, cela fait longtemps que nous savons qu’il s’agit de Mohamed El Abbadi. L’essentiel selon moi est que la transition entre Yassine et son successeur se passe dans une atmosphère paisible.

Que représente Al Adl Wal Ihsane aujourd’hui ?
Al Adl Wal Ihsane représente le premier mouvement de prédication qui a réussi à attirer un grand nombre de Marocains. Deuxièmement, Al Adl Wal Ihsane est une force politique et a déjà un parti, « Le Cercle politique » qui a un secrétariat général et un bureau politique, des sections,… Il organise ses congrès de manière régulière et exprime des positions politiques. La force politique de la Jamaâ est visible lors des manifestations qu’elle organise puisque c’est la seule entité au Maroc qui peut rassembler un million de Marocains dans la rue. Donc, en plus d’être le premier mouvement de prédication au Maroc, c’est la première force politique.  Al Adl Wal Ihsane a maintenant réussi à sortir du blocus imposé par les forces modernistes, séculaires et progressistes qui avaient une position éradicatrice à l’égard d’Al Adl Wal Ihsane. Ces élites et partis politiques ont commencé à présent à traiter avec la Jamaâ. Et on observe qu’un nombre de politiciens envisage cela également. À titre d’exemple, parmi les invités qui seront au congrès national de l’USFP, ce week-end, il y a des directions d’Al Adl Wal Ihsane. Ce qui signifie que la Jamaâ a réussi à convaincre les élites politiques qu’elle a un projet de changement au-delà des idées reçues. N’oublions pas non plus qu’Al Adl Wal Ihsane a formé le noyau dur du mouvement du 20 février. Donc pour résumer, la Jamaâ est un élément fort dans l’équation politique au Maroc et il est donc impossible de l’ignorer.

La succession de Cheikh Yassine par El Abbadi démentie puis confirmée.

Quelques heures après l’annonce du décès d’Abdessalam Yassine, une rumeur a circulé sur la nomination de Mohamed El Abbadi à la tête de la Jamaâ. La raison invoquée était le règlement intérieur d’Al Adl Wal Ihsane qui indiquerait qu’au décès du mourchid, le membre le plus âgé du Conseil d’Orientation prendrait sa place pour une période provisoire de deux mois avant l’élection d’un nouveau mourchid. Contacté par Le Soir échos, Hassan Bennajeh, porte-parole du bureau d’Al Adl Wal Ihsane, a démenti l’information. « C’est un règlement qui date des années 1980. Les règlements internes de la Jamaâ ont été modifiés maintes fois. » Pour ce qui est de la succession d’Abdessalam Yassine, le porte-parole déclare : « Nous n’en sommes pas encore là, nous ferons chaque chose en son temps ».

Sans trop tarder, la Jamaâ d’Adl Wal Ihssane vient de boucler la succession de feu Cheikh Yassine. L’opération s’est déroulée dans la grande discrétion, sans beaucoup de bruit et dans un esprit consensuel inédit. Mohamed Al Abbadi, ex-professeur de théologie à l’université d’Oujda, a été donc élu Secrétaire Général et Fathallah Arsalane, porte-parole de la Jamaâ, a été élu SG-Adjoint. Les deux postes sont pour un mandat de cinq ans renouvelable. Par la même occasion, le Conseil d’Achoura, l’organe qui a élu le successeur du Cheikh, a décidé de consacrer le titre du Mourchid à Abdessalam Yassine. L’élection du nouveau patron des Adlistes s’est tenue en ce début de semaine, soit dix jours après la mort de Yassine, dans le QG de la Jamaâ à Salé.

18:28 Écrit par OUTALHA dans MAROC, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  Imprimer | |